transduction

La transduction rejoint le §[transcodage] dans sa puissance de transformation folle et infiniment modulaire, mais rajoute à cette folie la dimension §[physique](physicalisation). C’est une des composantes de base de la §[machine abstraite] et garanti que sa folie soit absolue : nous ne parlons pas uniquement d’une §[algorithmisation] des formes et symboles abstraites, nous parlons également d’une algorithmisation de l’espace physique et des corps.

La transduction est un procédé de transformation d’un phénomène physique en un signal électronique et vice versa. Dans la robotique la transduction est essentielle pour le §[contrôle] des éléments : puisqu’un ordinateur n’est rien d’autre un labyrinthe complexe de modulateurs électriques, et qu’un ordinateur sait parfaitement bien moduler cette électricité, en rajoutant un transducteur un ordinateur peut moduler non seulement lui-même mais également le monde physique qui l’entoure (et vice versa).

La §[réversibilité] du procédé de transduction est un des ingrédients essentiels pour la réussite de l’§[algorithmisation] du monde. Tout comme le jeu du §[transcodage] consiste à trouver des §[relations](relation) entre deux valeurs non-reliées au préalable, le jeu de la transduction consiste à trouver des endroits de passage entre le monde physique et le monde électrique pour établir de nouvelles relations.

Le phénomène de piézo-électricité est un des exemples les plus démonstratifs de ce passage entre les deux royaumes ontologiques. Prenons le cas du quartz, qui contient des propriétés piézo-électriques. Quand un quartz vibre, il génère un champ électrique : en lui tapant dessus on peut générer un petit champ suffisant pour mesurer la force du frappe. A l’inverse, si nous injectons un champ électrique dans le quartz, celui-ci se met à vibrer, jusqu’à créer des flexions suffisantes pour générer un son audible. Il est à la fois capteur et émetteur. En lui appliquant un champ électrique on peut le faire osciller et générer un son; mais inversement, on peut lui faire une pression physique pour moduler un champ électrique et donc §[capter](capture) électriquement la force d’une pression. Il est ainsi une passerelle entre deux mondes, un peu comme les sources d’eau qui selon divers légendes permettraient le passage des esprits (ou « sprites ») entre notre monde et le monde des ténèbres.

Bien qu’un piézo-électrique soit §[réversible], nous ne voulons pas suggérer que la transduction s’appliquerait uniquement aux capteurs/actionneurs bidirectionnelles. C’est le principe de la bidirectionnalité qui nous intéresse dans la transduction. Il existe bel et bien des transducteurs qui ne transfèrent qu’uniquement dans un sens ou dans un autre. Mais le procédé dans son ensemble reste bidirectionnelle, ce qui explique l’importance de la transduction non seulement dans le traitement et la restitution des objets audiovisuelles, mais également dans la modification de l’espace culturelle et politique dans son ensemble. Un transducteur n’est pas un intérêt uniquement passif : il est fait non seulement pour donner des information sur le monde; il est fait également pour agir sur ce monde.

Quand nous racontons que la folie des machines abstraites est « absolue » nous ne voulons pas dire qu’elles se superposeraient à 100% sur le terrain actuel du monde. Il existera toujours des espaces du monde non-transductibles. Mais contrairement aux fantasmes populaires (genre Matrix et Second Life), le monde algorithmique n’a pas besoin de reproduire le monde à l’identique pour l’influencer, voire y appliquer une régime de contrôle répressive. La transduction dans sa nature même suggère que les points de passage du monde informatique au monde physique doivent être stratégiques et ne pourront donc jamais être totaux. Il faut juste trouver des lieux de « compatibilité » entre le monde physique et le monde informatique.